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Habitat III et résolution du problème des bidonvilles en Afrique

Cette année promet d’offrir un changement dans la résolution de l’un des plus grands problèmes auxquels est confrontée l’Afrique actuellement – la prolifération d’une population urbaine qui grandit à un rythme toujours plus rapide jamais atteint jusque-là. Un cocktail complexe d’explosion démographique régionale, de croissance économique et d’opportunités qu’offrent les villes entraîne une vague sans précédent de migration rurale-urbaine. Toutefois, en raison d’un manque de planification urbaine réaliste, la plupart de ces migrants aboutissent généralement dans des bidonvilles, construits illégalement par les habitants locaux sur des terres privées, ou dans le cas d’une banlieue de Lagos, sur des montagnes d’ordures flottantes sur la mer. Le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) organise une conférence à grande échelle (Habitat III) à Quito, Équateur, en octobre de cette année, et la résolution du grave problème lié aux bidonvilles en Afrique s’inscrit en premier point  de l’ordre du jour.

Habitat III est plus qu’une réunion annuelle habituelle des délégués. Ce n’est que la troisième conférence de ce type depuis sa création en 1976. Étroitement liée au Programme des Nations Unies pour le développement après 2015, qui a pour la première fois défini le développement urbain durable comme l’un de ses principaux objectifs, Habitat III tentera de mobiliser le monde pour une approche large et collective des problèmes relatifs au développement urbain durable. Les experts et les organisateurs d’Habitat III s’accordent à dire qu’il s’agit de la conférence urbaine la plus importante jamais organisée. Alors pourquoi le nombre de personnes vivant dans les bidonvilles a-t-il augmenté en Afrique, et quelles mesures peut-on prendre pour répondre à cette situation ?

Deux tiers de la population urbaine d’Afrique, un chiffre impressionnant, vivent dans ce que les Nations Unies appellent officiellement des « établissements informels ». Il s’agit de zones où des maisons sont construites illégalement ou d’une façon qui ne respecte pas les règlements en matière de zonage ou de construction. Les problèmes que de tels établissements engendrent sont énormes : la peur constante d’une expulsion, les problèmes d’assainissement résultant de l’insuffisance ou de l’absence d’infrastructures, et d’importants obstacles pour les autorités urbaines lors de la planification de l’expansion de leur ville. Pourtant, ce problème n’est pas propre à l’Afrique. De nombreuses régions du monde souffrent également de ce qu’on appelle communément l’« étalement des villes ». Toutefois, l’Afrique, plus que tout autre continent, devrait faire face à une croissance extrême de sa population  au cours des 50 prochaines années. Selon les estimations, le nombre de personnes vivant sur ce continent devrait doubler d’ici 2050, ce qui fera peser une pression extrême sur les personnes qui doivent fournir un logement et un emploi à la population africaine majoritairement composée de jeunes.

Comme l’ont souligné plusieurs journalistes au cours des dernières années, le problème des bidonvilles est souvent le résultat d’un manque de communication, ou au moins d’une réticence à écouter entre les autorités de planification et la population urbaine. Les autorités municipales actuelles se concentrent trop sur la création de centres villes somptueux et de propriétés avec des tours d’habitation au lieu d’adopter des techniques de construction locales qui pourraient ne pas cadrer avec l’image d’une ville moderne, mais qui permettraient la création d’un environnement urbain plus inclusif et durable. En examinant le problème de plus près, on constate que la nécessité et l’innovation humaines dans certains bidonvilles d’Afrique ont créé des habitats que de nombreuses villes du monde développé tentent désespérément d’imiter.

Il existe en fait un potentiel important dans de nombreuses parties d’Afrique d’alléger la charge de certains problèmes de développement urbain du continent en exploitant l’esprit d’innovation des habitants des bidonvilles. Les matériaux de construction locaux, comme la terre ou les briques adobes, qui sont utilisés dans ces parties du monde depuis des millénaires, sont faciles à produire et créent des structures à la fois durables et sûres. De telles habitations peuvent être « modernisées » grâce à un élément fantastique de l’ingéniosité d’Afrique de l’Est – les panneaux solaires par répartition. Ceux-ci sont fournis gratuitement et sont installés sur les toits des clients lorsqu’ils signent un contrat par lequel ils s’engagent à payer pour l’électricité utilisée via un téléphone portable. Ce système fonctionne au Kenya depuis plus de trois ans et s’est depuis étendu aux pays voisins. Les agriculteurs, tout comme les habitants des bidonvilles, apprécient la transparence du système, qui permet un paiement immédiat pour le service et évite la paperasserie.

Une autre tendance qui se développe dans de nombreux bidonvilles en Afrique est la micro-agriculture. Les habitants locaux utilisent souvent chaque mètre carré de terre exploitable pour augmenter leur récolte et leurs revenus en cultivant. Cette tendance peut être une conséquence de la nécessité, mais si elle est utilisée judicieusement et qu’elle est bien accueillie par les autorités locales, elle pourrait être intégrée dans la planification urbaine et permettre d’établir des réseaux biologiques de citoyens impliqués dans l’agriculture urbaine. Les urbanistes des régions riches du nord tentent d’appliquer cette tendance depuis des décennies, avec plus ou moins de succès.

Les gouvernements africains et les autorités municipales devront gérer une situation très délicate à l’avenir. Pour aborder la problématique du développement urbain, il est essentiel de rester souple et ouvert à l’innovation en matière de planification du concept. Avec une importance toujours plus importante accordée aux villes et au développement durables dans le monde, les dirigeants qui se réuniront lors de la conférence Habitat III cet octobre devront veiller à faire passer le message que les complexes de verre et d’acier ne constituent pas la solution universelle pour une ville prospère ou « intelligente ». Ces planificateurs urbains pourraient être bien plus proches des solutions qu’ils ne le pensent.

Par Thomas McEnchroe, Stagiaire, Zurich
Crédit Photo: Iwan Baan